Fonctionnement de la voix

Comment la voix fonctionne-t-elle ?

Je voudrais ici faire la distinction entre Voix et langage. La voix est le matériau du langage (lorsqu’un bébé crie, c’est sa voix qui s’exprime). Le langage est la voix articulée en mots.

Voici une explication simplifiée du mécanisme de la voix :

– La voix naît d’un désir de parler (pensée et émotion).

– Il se produit alors une impulsion dans le cortex moteur du cerveau.

– Cette impulsion électrique voyage par la moelle épinière jusqu’aux terminaisons nerveuses qui gouvernent les muscles responsables des organes de la parole et de la respiration.

– L’impulsion stimule le souffle à entrer et sortir du corps : le diaphragme se contracte pour permettre aux cellules pulmonaires d’absorber l’air et ensuite de l’expulser par l’action inverse.

– La musculature du larynx est activée simultanément au diaphragme.

– Le souffle entre en contact avec les cordes vocales créant des oscillations.

– Les oscillations créent des vibrations dans le courant du souffle.

– Les vibrations sont amplifiées par les résonateurs à savoir le pharynx, la bouche, le nez, la cavité de la poitrine, les os des joues et des mâchoires, la cavités des sinus, le crâne, le cartilage du larynx et les vertèbres de la colonne.

– Le son qui en résulte est articulé par les lèvres et la langue pour former des mots.

Freeing the Natural Voice de Kristin Linklater, éditions Drama Publishers.

Mais voilà, la voix ne fonctionne pas toujours aussi librement …

Qu’est-ce qui empêche la voix de fonctionner ?

L’individu est capable alors d’exprimer sur 3 à 4 octaves de son l’infinité de ses pensées, la subtilité de ses émotions et de ses humeurs. C’est ce que Kristin Linklater appelle la « voix naturelle » et c’est un droit que nous acquérons dès notre venue au monde. En grandissant, cette voix naturelle libre perd de sa spontanéité, perd de son action réflexe.

Lorsque le langage apparaît, ce fonctionnement réflexe primaire disparaît pour faire place à une expression vocale conditionnée inconsciemment par d’autres (parents, famille, amis, professeurs …) ou par soi-même.

Exemple : « je ne pleure jamais », « je dois être une gentille fille », « je ne dois pas parler trop fort »…

Ces conditionnements ne sont pas liés à un choix. Le comportement qui est demandé par l’extérieur répond uniquement à des impulsions secondaires plutôt que primaires : « arrête de pleurer, une grande fille ne pleure plus ! », « tais-toi, tu parles trop fort ! », « tu vas te taire oui, sinon tu vas en recevoir une ! »…

La voix alors est régie par des impulsions secondaires qui vont nous permettre de répondre aux demandes extérieures et aussi de nous protéger.

Mais pour être au service de leur art, les acteurs doivent forger une connexion claire entre voix et émotion.

Mon travail est consacré à la prise de conscience des tensions physiques qui se sont développées pour empêcher une expression libre de l’émotion et à ôter ces tensions.

Les exercices restaurent la voix à ses connexions neurophysiologiques originelles. Nous clarifions les chemins entre le cerveau et le corps et entre le corps et le cerveau.

Kristin Linklater, colloque « Les pratiques de la voix sur scène », Paris, novembre 2015.